Laurent Gire (archi.sculpteur)
Ah… la technologie ! Laurent Gire m’avait semblé bourru, lorsque trois jours avant notre rendez-vous je l’avais eu en ligne pour convenir d’un moment favorable à une entrevue. Même si la méthode est largement répandue elle est rarement aussi bien maîtrisée. Le point faible de Laurent c’est qu’il aime l’humain.
De quel humanité parlons-nous ? La vraie, on est vite d’accord. Il s’agit ici de ta valeur profonde, intrinsèque, pas de gourmette clinquante ostensiblement brandie à la portière d’une grosse bagnole, non, mais de ta capacité d’allumer ce regard vert délavé, d’y faire naître un sourire amusé, une curiosité narquoise. Pas de hasard donc si ce titi parisien de naissance, tropézien d’adoption, marin plus que terrien, se sent chez lui sur la presqu’île. L’été il est en mer, l’hiver, il le passe à bosser, à voir ses potes. Sa mémoire, c’est sa femme, sa paresse c’est sa capacité à travailler beaucoup. Architecte surtout, sculpteur sur tout, il s’est organisé une vie qui lui ressemble. Pas d’ostentation chez le bonhomme, tu prends ou tu laisses mais faut choisir ton camp, on ne s’encombre pas de futilité lorsqu’on prend la vie comme on prend la mer. Faut voyager léger.
L’avenir de la presqu’île, il y a un temps qu’il est en marche. Après avoir longtemps fait dans l’esprit du coin revisité par des tombereaux d’argent, l’architecture est en train d’évoluer. Foin de l’époque où l’on pouvait construire n’importe quoi, même du hideux, la nature ayant ici vite fait de reprendre ses droits et de masquer à grand renfort de chlorophylle, la forfaiture. On fait sa place au soleil plus tôt qu’il y a trente ans. La nouvelle génération veut et peut se démarquer de la patte provençale. Laurent Gire reconnaît prendre plus de plaisir à travailler sur ces nouvelles commandes même si parfois il est obligé de se fâcher un peu pour faire valider ses choix. Le passéisme n’est pas de mise ici, le regard est tourné vers l’avenir, les pieds (marins) sont solidement plantés dans le présent. La tendresse de Laurent pour l’humain s’arrête là où commencent les notions de convenances, d’establishment, de lieux communs.
Anar’, peut-être. Honnête, sans aucun doute, il répugne à s’octroyer ce qui ne lui est pas expressément offert, mais offre généreusement son temps à ceux qu’il choisit de gâter.
Il aime la transparence, son œuvre de sculpteur en témoigne, dommage que la presqu’île manque un peu de lieux propices à exposer le travail des artistes, très peu d’endroit offrent en effet la neutralité qui serait nécessaire.
Revoilà le bourru qui s’amuse de ça, aussi. Faut bien se protéger… ■



